Alternatives aux feux de brousse : Protéger les sols et les récoltes Et si éteindre le feu augmentait vos récoltes ?
Chers parents, agriculteurs et éleveurs, bonjour.
Je suis AGNIDOM Huguès, votre fils de Pagouda. Je termine mes études en production Animale à l'Université de Kara. Aujourd'hui, je veux partager avec vous un problème que nous connaissons tous : les feux de brousse. L'année dernière, à Pagouda, le feu a traversé trois champs en une seule nuit. En quelques heures, des familles entières ont perdu ce qu'elles avaient cultivé pendant des mois. Ce n'est pas un accident rare. C’est un drame qui se répète. En effet, cela arrive chaque année. Quand l'herbe est sèche et que le vent souffle, des incendies ravagent nos champs. Mais il faut le reconnaître : trop souvent, ce sont nos propres pratiques qui en sont la cause.
L'agriculteur brûle pour nettoyer son champ. L'éleveur brûle pour faire repousser l'herbe. Le chasseur brûle pour faire sortir le gibier, mais au final c'est toute la communauté qui pleure ces récolte et ces arbres . Les conséquences sont graves. Nous les voyons chaque année. Nos récoltes brûlent. Notre terre s'appauvrit. Nos arbres disparaissent. Nos enfants toussent à cause de la fumée.
Mais vous vous demandez sûrement “Ah mais on a toujours fait comme ça. Comment faire autrement ?” En réalité, le secret, c'est de ne pas laisser le feu décider. Regardons ce qui marche ailleurs et que nous pouvons essayer de faire chez nous:
D'abord, le brûlage précoce, comme au Niger avec le "wurudji". Comment faire ? Il faut brûler tôt, dès le début de la saison sèche, quand l'herbe est encore un peu verte à la base. Ainsi, le feu reste au sol, il monte moins haut et on le maîtrise mieux. Ensuite, le brûlage dirigé, comme au Cameroun. Concrètement, avant d'allumer le feu, on arrose une large bande tout autour du champ. On peut aussi labourer cette bande. Quand le feu arrive au niveau de cette terre humide, il s'arrête. Mais on peut faire encore plus solide pour protéger nos champs sur le long terme en faisant comme au Burkina. On laboure une bande de terre de 3 à 5 mètres autour du champ. On y dépose les tiges de mil ou de maïs. Cette bande verte crée une barrière naturelle que le feu ne traverse pas. cette technique s’appelle “Check-up”. Nous pouvons aussi décider de mettre en place les pare-feu vivants, comme au Kenya. On plante des arbres comme le neem ou le moringa tout autour des parcelles, sur 2 ou 3 rangs. Quand ils grandissent, ils forment un mur vert. Ces arbres résistent au feu et protègent le champ.Enfin, la solution la plus puissante, c’est nous. Arrêtons de brûler chacun dans son coin en cachette. Si le village décide d'un jour de brûlage, tout le monde est prêt. Les jeunes sont là avec des seaux d'eau et des branches pour surveiller. Comme ça si le vent attise les flamme, on est tous prêt pour arrêter le feu.
Chers parents, je ne vous apporte pas des miracles, mais des idées qui marchent. Nous pouvons protéger nos champs. Nous pouvons protéger notre santé. Nous pouvons protéger notre avenir. Le feu peut redevenir notre outil, et non notre ennemi. Mais pour cela, il faut changer nos habitudes. Pas toutes d'un coup. Pas seuls. Mais ensemble, pas à pas.