Chers producteurs de la région de la Kara, imaginez un instant que demain matin, vous arriviez dans votre champ. Vos tomates sont vertes, vos choux sont beaux, vos piments promettent une bonne récolte. Mais quelques semaines plus tard, faute d’eau, tout commence à sécher sous vos yeux. Que reste-t-il de vos efforts, de votre temps et de votre investissement ? C’est pour éviter cette situation qu’aujourd’hui, moi, Abé AGOUNDA, je viens vous parler du développement des cultures maraîchères face au manque d’eau dans la région de la Kara.Le maraîchage est une activité essentielle pour nos communautés. Il nourrit nos familles, crée des emplois et permet à de nombreux ménages de gagner leur vie. Mais depuis quelques années, les pluies ne tombent plus comme avant. Elles sont irrégulières, les périodes de sécheresse sont plus longues et les producteurs manquent souvent d’eau pour arroser leurs cultures. Les conséquences sont nombreuses : les légumes poussent difficilement, les récoltes diminuent et les revenus des producteurs baissent. Heureusement, il existe des solutions simples, peu coûteuses et efficaces. Elles ne remplacent pas l’eau d’arrosage, mais elles permettent de mieux la garder dans le sol et de réduire les perte. La première solution est le paillage. Après l’arrosage, recouvrez le sol avec de la paille, des feuilles sèches ou des herbes sèches. Cela permet de garder l’humidité dans le sol plus longtemps et de réduire les besoins en eau. Quelques producteurs de la région de la Kara ont déjà adopté cette méthode sur leurs planches de tomates et de choux : ils arrosent moins souvent et leurs plants résistent mieux pendant les périodes de forte chaleur. C’est une pratique simple, à la portée de tous, avec des matériaux qu’on trouve facilement autour de nos champs. La deuxième solution est le compost. Vous pouvez le fabriquer vous-même avec des feuilles mortes, des herbes, des résidus de récolte, des épluchures de légumes ou du fumier.

Mais comment fait-on pour fabriquer soi-même ce compost ? Rassemblez ces déchets organiques en un tas, dans un coin ombragé de votre parcelle. Arrosez légèrement ce tas pour qu’il reste humide, sans être détrempé, car c’est cette humidité qui permet aux déchets de se décomposer. Retournez le tas régulièrement, environ toutes les deux semaines, avec une fourche ou une pelle, pour bien aérer le mélange et accélérer la décomposition. Après six à huit semaines en général, le compost devient prêt : il prend une couleur brun foncé, une texture friable, et il dégage une odeur de terre, et non plus une odeur de déchets.Une fois prêt, mélangez-le à la terre de vos planches avant la plantation. Le compost rend le sol plus fertile et lui permet de conserver l’eau plus longtemps. D’autres producteurs de cette communauté utilisent déjà le compost dans leurs cultures de piments et de légumes feuilles, et constatent que leurs plants poussent mieux et résistent plus longtemps entre deux arrosages. Comme le paillage, c’est une pratique simple et à la portée de tous, à partir de ce qu’on trouve déjà autour de nos champs. La troisième solution est le biochar, aussi appelé charbon biologique. Il s’agit d’un charbon obtenu à partir de bois ou de résidus agricoles, comme les tiges de maïs, les tiges de mil ou de sorgho, ou encore les restes de vos plants maraîchers après la récolte.Pour l’obtenir, on brûle ces résidus lentement, avec peu d’oxygène, dans un trou creusé dans le sol ou dans un fût métallique, c’est-à-dire un grand bidon ou tonneau en métal, comme ceux utilisés pour stocker l’huile, jusqu’à ce que les résidus se transforment en charbon noir et léger, sans se réduire complètement en cendres. Il est important de surveiller le feu et de l’éteindre à temps, en arrosant ou en recouvrant de terre, pour obtenir un charbon de qualité plutôt que de la cendre. Une fois refroidi et broyé, ce charbon est mélangé au sol. Il aide alors à retenir l’humidité et améliore la fertilité des terres sur plusieurs saisons.Une autre bonne pratique consiste à arroser les cultures tôt le matin ou en fin de journée. À ces moments, le soleil est moins fort et l’eau s’évapore moins rapidement. Enfin, avant de choisir vos semences, n’hésitez pas à demander conseil aux agents de l’ICAT ou des services agricoles. Ils pourront vous orienter vers les variétés les mieux adaptées aux conditions de votre localité. Chers producteurs, il faut le dire clairement : le paillage, le compost et le biochar ne sont pas des solutions miracles. Ils ne remplaceront jamais l’eau d’arrosage. Mais ils permettent de mieux garder l’eau dans le sol, de réduire les pertes, et donc d’économiser une ressource précieuse et de plus en plus rare. En adoptant ces pratiques simples, vous pourrez protéger vos cultures et améliorer vos récoltes, même face aux caprices de la pluie.

Ensemble, faisons du maraîchage une activité durable et productive dans la région de la Kara.Je vous remercie de votre attention.