Les cultures en terrasses constituent une technique d'aménagement agricole qui consiste à transformer des pentes naturelles en une succession de surfaces planes ou faiblement inclinées, séparées par des talus, des murets en pierre ou des diguettes en terre. Cette pratique vise principalement à réduire les effets de l'érosion hydrique, à améliorer la rétention de l'eau dans le sol et à rendre cultivables des terrains autrement difficilement exploitables en raison de leur déclivité. Selon les lignes directrices volontaires de la FAO pour une gestion durable des sols, les terrasses agricoles figurent parmi les techniques les plus anciennes de conservation des sols et de l'eau ; elles permettent de ralentir le ruissellement, d'augmenter l'infiltration de l'eau et de préserver la fertilité des terres cultivées (FAO, 2017). Morgan (2005), souligne que les aménagements en terrasses agissent essentiellement en réduisant la longueur effective de la pente, ce qui diminue la vitesse, et donc la force érosive, du ruissellement. Cette technique est particulièrement adaptée aux zones montagneuses et aux régions caractérisées par de fortes précipitations ou par une forte sensibilité des sols à l'érosion. Les terrasses peuvent prendre différentes formes selon les conditions agroécologiques locales et les objectifs de production poursuivis. On distingue généralement les terrasses à banquettes, les terrasses progressives qui se forment lentement par accumulation de sédiments derrière des diguettes ou des bandes enherbées, les terrasses en gradins typiques des paysages andins et asiatiques, ainsi que les terrasses de rétention destinées avant tout à capter l'eau de pluie dans les zones sèches.
les terrasses à banquettes:


les terrasses progressives:


les terrasses en gradins:


La littérature indique que l'installation de terrasses devient nécessaire lorsque les risques d'érosion dépassent la capacité naturelle du sol à se régénérer. Plusieurs critères permettent d'identifier ce seuil. Le premier concerne l'importance de la pente du terrain : les terrasses sont généralement recommandées lorsque la pente dépasse 5 à 8 %, et elles deviennent presque indispensables au-delà de 15 %, seuil à partir duquel les phénomènes d'érosion s'accélèrent considérablement. La FAO (2017) rappelle que les pertes de sol augmentent de façon exponentielle avec l'inclinaison des pentes, tandis que Morgan (2005) montre que cette relation tient au fait que la vitesse du ruissellement, et donc sa capacité à détacher et à transporter les particules de sol, croît avec la déclivité. Le deuxième critère est lié à l'intensité des précipitations : les régions soumises à des pluies abondantes ou à des averses intenses connaissent souvent un ruissellement important qui entraîne la couche arable, la plus riche en matière organique et en nutriments. Les terrasses permettent alors de retenir l'eau sur les parcelles et d'en améliorer la pénétration dans le sol, réduisant à la fois l'érosion et le stress hydrique des cultures. C'est notamment le cas des hautes terres éthiopiennes, où la combinaison de fortes pentes et de pluies concentrées sur une courte saison a justifié la généralisation des terrasses et des diguettes en pierre dès les années 1970 (Hurni, 1988 ; Nyssen, Mitiku Haile, Moeyersons, Poesen et Deckers, 2000). Le troisième critère repose sur les signes visibles de dégradation des terres : la présence de ravines ou de rigoles d'érosion, la diminution progressive de la fertilité des sols ainsi que la baisse continue des rendements constituent autant d'indicateurs qui justifient la mise en place de terrasses, souvent en complément d'autres pratiques de conservation des sols et de l'eau.
La littérature identifie par ailleurs plusieurs contextes géographiques particulièrement favorables à la pratique des cultures en terrasses. Les zones montagneuses en constituent le cadre d'application le plus répandu, qu'il s'agisse de la cordillère des Andes en Amérique du Sud où les terrasses précolombiennes du Pérou demeurent parmi les exemples les plus étudiés (Treacy, 1994 ; Posthumus, 2005) , des montagnes de Chine, des hauts plateaux d'Éthiopie et du Rwanda, du Népal ou encore des montagnes de l'Atlas au Maroc. Dans les régions tropicales humides, où les précipitations sont à la fois abondantes et souvent concentrées sur quelques mois de l'année, les terrasses constituent un moyen efficace de lutte contre l'érosion hydrique et contre la perte de la couche arable. Dans les zones semi-arides, en revanche, elles jouent un rôle différent : elles servent avant tout à capter et à concentrer les eaux de pluie afin d'améliorer l'humidité disponible pour les cultures, une fonction documentée de longue date dans les manuels techniques consacrés à la collecte des eaux de ruissellement (Critchley, Siegert et Chapman, 1991). En Afrique subsaharienne, plusieurs programmes de conservation des sols encouragent aujourd'hui la construction de terrasses et d'ouvrages apparentés, notamment au Rwanda, en Éthiopie, au Kenya, en Tanzanie et dans certaines régions montagneuses d'Afrique de l'Ouest. Les hautes terres du Tigré, dans le nord de l'Éthiopie, comptent parmi les sites les plus documentés de la littérature scientifique sur ce sujet, avec plusieurs décennies de suivi des terrasses traditionnelles et des techniques introduites (Nyssen et al., 2000).
La mise en œuvre des cultures en terrasses suit généralement cinq étapes techniques successives. La première consiste en une étude approfondie du terrain : avant toute construction, il convient d'évaluer la pente, la nature du sol, les risques d'érosion, le drainage naturel ainsi que le régime des précipitations, afin de déterminer le type de terrasse le plus approprié aux conditions locales. La deuxième étape porte sur le traçage des courbes de niveau, les terrasses étant implantées en suivant ces courbes pour ralentir efficacement le ruissellement sur toute la longueur de la parcelle, à l'aide d'un niveau à eau. La troisième étape correspond à la construction proprement dite : les travaux consistent à décaisser la partie supérieure de chaque palier, à remblayer la partie inférieure, à construire des murets en pierre ou des talus en terre, puis à installer des systèmes d'évacuation des excès d'eau afin d'éviter tout débordement susceptible de fragiliser l'ouvrage. La quatrième étape concerne la stabilisation des talus, obtenue grâce à des plantes fixatrices telles que le vétiver, diverses graminées ou certaines légumineuses, dont les systèmes racinaires consolident la structure des terrasses et limitent les risques d'effondrement. La cinquième étape correspond enfin à l'exploitation agricole des terrasses une fois stabilisées, celles-ci pouvant alors accueillir diverses cultures, notamment le riz, le maïs, le café, le thé, la pomme de terre, différents légumes ainsi que des arbres fruitiers.
La littérature met en évidence de nombreux bénéfices associés aux cultures en terrasses. Le principal avantage réside dans la réduction de l'érosion : les terrasses ralentissent fortement le ruissellement et diminuent les pertes de sol, parfois de plus de 80 % selon plusieurs études de terrain comparant des parcelles terrassées et non terrassées (Morgan, 2005 ; Lal, 2001). Elles permettent également une amélioration de la rétention d'eau, dans la mesure où l'eau de pluie s'infiltre davantage dans le sol au lieu de ruisseler, augmentant ainsi les réserves hydriques disponibles pour les cultures, en particulier durant les périodes de moindre pluviométrie. En limitant le départ des particules fines et de la matière organique, les terrasses contribuent en outre au maintien, voire à l'amélioration, de la fertilité des sols sur le long terme (Liniger, Mekdaschi Studer, Hauert et Gurtner, 2011). Plusieurs travaux montrent par ailleurs que les rendements agricoles augmentent grâce à une meilleure disponibilité en eau, à une réduction des pertes de nutriments et à une amélioration générale de la structure des sols ; les recherches conduites dans les Andes péruviennes confirment ainsi que les terrasses augmentent la disponibilité en eau du sol, à condition toutefois que cette amélioration soit accompagnée d'une intensification des pratiques culturales pour se traduire pleinement en gains de rendement (Posthumus et Stroosnijder, 2010). En ralentissant le ruissellement à l'échelle du versant, les terrasses contribuent également à réduire les risques d'inondation en aval, un effet particulièrement recherché dans les bassins versants densément peuplés. Elles améliorent par ailleurs la résilience des exploitations agricoles face aux sécheresses, aux pluies extrêmes et à la variabilité climatique de manière générale, ce qui explique qu'elles soient aujourd'hui reconnues comme une mesure efficace d'agriculture climato-intelligente par plusieurs organismes internationaux (World Bank, 2008 ; United Nations Convention to Combat Desertification, 2017). Enfin, les terrasses permettent une valorisation des terres en pente en mettant en culture des zones qui seraient autrement peu exploitables, contribuant ainsi à accroître la surface agricole utile, comme en témoigne la persistance de vastes systèmes de terrasses précolombiennes encore cultivées aujourd'hui dans la vallée du Colca, au Pérou (Treacy, 1994).
Références bibliographiques
Critchley, W., Siegert, K., & Chapman, C. (1991). A manual for the design and construction of water harvesting schemes for plant production. Food and Agriculture Organization of the United Nations.
Food and Agriculture Organization of the United Nations. (2017). Voluntary guidelines for sustainable soil management. FAO.
Hurni, H. (1988). Degradation and conservation of the resources in the Ethiopian highlands. Mountain Research and Development, 8(2–3), 123–130.
Lal, R. (2001). Soil degradation by erosion. Land Degradation & Development, 12(6), 519–539.
Liniger, H., Mekdaschi Studer, R., Hauert, C., & Gurtner, M. (2011). Sustainable land management in practice: Guidelines and best practices for Sub-Saharan Africa. FAO et World Overview of Conservation Approaches and Technologies.